4 Mars 2018
Perpignan le 4 mars 2018,
Madame ou Monsieur,
Nous ne nous connaissons probablement pas, ou bien nous sommes nous déjà rencontrés ?
Peut être nous connaissez-vous trop bien au contraire ?
Nous voulons en ce jour nous adresser à vous et rendre public votre acte d'abandon envers un animal.
En cette nuit du 26 au 27 Février 2018 nous avions, comme souvent en cette période, mis en place une trappe de capture automatique soigneusement dissimulée dans l'un des vides sanitaires de l'hôpital de Perpignan.
Notre but était la stérilisation d'une jeune chatte qui nous engendre de nombreuses portées afin d'éviter la prolifération de futurs naufragés de la rue sans avenir.
Suite à divers échecs et insuccès, cette trappe fut recouverte d'un drap pour tenter d'augmenter nos chances.
Ce détail est important.
Un mot prévenant de nos activités était disposé à coté de notre piège afin d'informer d'improbables visiteurs en ce lieu assez difficile d'accès.
Quelle ne fut pas notre surprise au petit matin de découvrir dans cette cage un beau chat roux totalement inconnu.
Il aurait pu tomber dans notre piège nous direz-vous ? Permettez-nous d'en douter fortement.
L'équipe de notre association possède maintenant une bonne petite expérience des matous.
Et elle n'a jamais rencontré à ce jour un chat tellement bien organisé, au point qu'il serait capable de plier proprement le drap qui recouvrait la trappe, de le rentrer dans celle ci comme un petit matelas, et de déposer notre message sur ce même drap.
Et pour terminer son œuvre de s'installer confortablement dans la dite trappe avant d'en refermer soigneusement le volet.
Très érudit sans doute ce brave minou.
Beaucoup trop pour être crédible malgré l'immense respect que nous portons aux félins en particulier et aux animaux en général ...
Il n'était bien évidemment ni stérilisé, ni identifié, ce qui fut fait. Il a environ 3 ans.
Mais, Madame ou Monsieur, vous l'ignorez peut-être ou ne souhaitez pas le savoir, nous ne disposons d'aucun refuge, d'aucune capacité d'accueil pour les propres animaux de notre association.
Et une fois sa visite vétérinaire accomplie, que pouvions-nous lui proposer ? Rien.
Madame ou Monsieur, avez-vous au moins une fois dans votre vie été sensible au regard tellement émouvant et profond d'un animal ?
Avez vous su ou voulu lire la tristesse, la peine, la douleur et l'amour dans des yeux tellement expressifs qu'ils pourraient servir d'exemples et de modèles à certains êtres que l'on ose appeler "humains" ?
Alors, Madame ou Monsieur, non votre ancien compagnon de vie n'a pas été relâché.
Ouf ! Direz vous peut-être si vous lisez un jour ces lignes.
Votre intention, vos motivations pouvaient être compréhensibles ou désespérées, nous l'ignorons.
Nous rencontrons tous des problèmes, des difficultés, des accidents de la vie.
Si nous pouvons entendre certaines raisons, parfois légitimes, nous ne pouvons pour autant pas pardonner ni excuser certains actes.
Avez-vous réfléchi un seul instant aux conséquences de votre lâcheté ?
Votre ancien ami est profondément malheureux, nous ressentons un immense chagrin enfoui au fond de lui.
Comme la douleur d'une déchirure qui le blesse et ne guérira que très difficilement.
Oui, il mange. Oui, il est gentil, se laisse caresser, accepte notre main tendue. Oui il est au chaud, à l'abri, en sécurité.
Mais son regard, son comportement en disent long sur son désespoir, et nous ne pourrons jamais compenser l'amour qu'il aurait souhaité vous apporter.
Avez-vous également réfléchi aux conséquences de votre geste pour la fragile structure de notre association ?
Non bien entendu, votre propre égoïsme ne vous permet pas d'emmener vos réflexions jusqu'à ce point.
Par votre acte, vous réduisez à néant les dernières possibilités d'accueil dont nous disposions.
Et alors, quelle importance vous direz-vous sans doute ?
Certains de nos vieux chats libres sont probablement en fin de vie ou très usés par leur existence.
Nous tentons de les capturer pour les faire examiner et soigner.
Nous aurions aimé à cette occasion leur offrir une retraite confortable pour le peu de temps qu'il leur reste à vivre.
Non ! Grâce à vous, ils finiront dans la rue, misérables jusqu'au bout de par votre inconscience.
Nous ne savons rien de votre situation, de votre vie, de vos problèmes.
Nous ne vous souhaitons rien.
Nous ignorons de surcroît si vous trouvez facilement le sommeil.
Mais sachez qu'en ce qui nous concerne, nous dormons difficilement en pensant à toute la misère que nous rencontrons au jour le jour.
Et nous n'avons pas besoin que l'on nous ajoute des soucis supplémentaires, le quotidien étant déjà suffisamment lourd à porter et à vivre.
Nous sommes trop souvent épuisés, usés, lassés par nos actions, car elles sont entièrement bénévoles et les moments de joie n'y sont que trop rares.
Nous tentons et parvenons difficilement à préserver encore un minimum de vie privée en parallèle à celles-ci.
Quoi ? Comment ? Nous l'avons déjà entendu : "vous devez être disponibles 24h sur 24h, c'est votre job, vous êtes là pour ça !".
Eh bien non, prenez un dictionnaire, feuilletez quelques pages et relisez le sens du terme "bénévolat".
Mais l'usage du dictionnaire se perd, comme trop de valeurs devenues désuètes au yeux d'une société que l'on a fabriquée aveugle et sourde.
Nous vivons ensemble, nous communiquons à tout va, mais jamais l'individualisme n'a été aussi fort, quel paradoxe !
A quoi servent ces mots ? Les lirez-vous un jour ?
Prendrez-vous la peine d'essayer de les comprendre, de nous comprendre ? De LE comprendre ?
Et de considérer un seul instant qu'un animal est un être sensible avec une âme et des sentiments ?
Peine sans doute perdue. Des mots vains jetés dans le vide et qui se perdront dans le néant ...
Une lettre se termine en général par une formule de politesse.
Nous n'avons pas envie dans le cas présent de céder à cette tradition.
Les bénévoles de SOS Chats de l'Hôpital.
Ps : Nous avons baptisé notre nouvel ami Oxford. Mais quelle importance, n'est ce pas ?